Tous les philosophes des arts martiaux nous l'ont dit : « L'ennemi est en soi ». L'art martial est d'abord une maîtrise de soi. Maîtriser l'adversaire est secondaire. Ainsi, le kata nous oppose à nous-mêmes et c'est là sa richesse. Il faut se provoquer, se déplacer plus vite, tourner plus vite, frapper plus fort, aller plus loin, plus haut, prendre des risques et, parfois, se déséquilibrer, rater son enchaînement, manquer de précision.
Les katas simulent des combats contre plusieurs adversaires. La stratégie développée dans chaque kata est pleine d'enseignements. Pourquoi la première défense se déroule-t-elle à gauche ou de face ? Pourquoi les pivots se font-ils de telle ou telle manière ? Pourquoi certaines actions finissent-elles par un blocage ? Pourquoi les coups de pieds ne sont-ils jamais jodan ? Pourquoi certains mouvements s'exécutent-ils lentement ? N'attendez pas de réponse, pratiquez et trouvez.
Les katas de karaté se sont développés à Okinawa dans un climat d'interdiction de la pratique martiale et sous la surveillance constante de l'envahisseur. Il ne faut donc pas s'étonner si leur première apparence est celle d'une gymnastique ou d'une danse. La forme qu'on leur connaît est celle qui était acceptable pour l'ennemi et, par la suite, utilisable dans les écoles et universités car inoffensive. Le véritable karatéka ne s'arrêtera pas à la contemplation de l'écorce du fruit ; il n'aura de cesse de l'avoir décortiqué et sucé jusqu'au noyau. Ainsi, les bunkai exploiteront toutes les variantes gestuelles possibles, face à un ou plusieurs adversaires. Il faut se persuader que, sur chaque enchaînement, mille bunkai existent.